Le Méliès à Montreuil : un projet de cinéma

Cinéma Georges Méliès,
Montreuil-sous-Bois


Un projet de cinéma
par Stéphane Goudet


Que peut bien faire une salle de cinéma Art et Essai, en plus de s’efforcer de montrer, dans des conditions optimales, les meilleurs films qui sortent au gré des semaines ? Prendre une part active à des festivals, créer des week-ends spéciaux autour de grands auteurs, faciliter l’accès aux créateurs en mettant au point très régulièrement de vrais échanges publics d’une heure et plus avec les réalisateurs. De nombreuses salles Art et Essai, dans le réseau extraordinaire que possède encore la France, réalisent ce travail.

Quelle est alors la spécificité du cinéma Georges Méliès de Montreuil-sous-Bois, en Seine- Saint-Denis, que j’ai le privilège de diriger et de programmer, avec Serge Fendrikoff, et qui, ces derniers mois, est, avec le Comoedia de Lyon, au centre des débats sur l’avenir des salles indépendantes ?

Le Méliès s’est d’abord fait une spécialité de recevoir de grands cinéastes internationaux d’ordinaire réservés aux seules institutions. Régulièrement, un maître du cinéma contemporain est accueilli par un grand cinéaste français, qui lui rend un hommage public et dialogue – autant que faire se peut – avec lui : ainsi d’Oliver Stone avec Arnaud Desplechin, d’Abel Ferrara avec Bertrand Bonello, de Monte Hellman avec Jean-François Stévenin, de Michael Cimino avec Claude Miller, et en juin dernier, deTsaï Ming-liang avec Claire Denis.

Pour nous, l’événementiel est décisif pour conférer une identité à une salle indépendante. Mais le travail fondamental s’opère peut-être davantage par la mise en place de cycles réguliers, qui donnent le mieux à lire la politique de programmation et d’animation d’un établissement. Au Méliès, à raison d’une projection toutes les 6 semaines en moyenne, pas moins de cinq cycles ont été instaurés, qui renvoient à cinq approches complémentaires du cinéma comme art et comme lieu. La dimension festive est jugée par l’équipe indispensable, incarnée à la fois par les nuits de cinéma, les Ciné-concerts et les Ciné-goûters (pour enfants), mais aussi par les Ciné-karaokés. Ou comment faire chanter une salle entière (équipée des paroles et parfois déguisée) sur des films musicaux projetés en demi-jour le temps des choeurs (de tout Demy à Podium, en passant par West Side Story, l’Etrange Noël de Monsieur Jack, Jeanne et le garçon formidable ou Téléphone public).

Aux antipodes apparents de cette conception interactive et distractive de la salle de cinéma, ont été mises en place de véritables conférences (de trois quart d’heure environ), à l’issue de certaines projections, pour réaffirmer l’importance de l’écoute et assumer le désir d’une pédagogie vivante, incarnée et si possible assez joyeuse. En partenariat avec la Maison populaire de Montreuil, sont ainsi nés trois cycles : les Ecrans psychanalytiques, les Ecrans sociaux (carte blanche à l’association Le peuple qui manque) et les Ecrans philosophiques, pour répondre à ce désir de sens, qu’amplifie la vacuité médiatique. Pour ce dernier cycle, les directeurs de programme du collège international de philosophie, structure située dans le 5ème arrondissement de Paris, partenaire depuis 4 ans de cette initiative, proposent une lecture philosophique d’un film de leur choix, avant d’échanger librement avec la salle. L’intervention de Jean-Luc Nancy sur l’Intrus de Claire Denis, inspiré de son propre essai, fut par exemple mémorable.

Le troisième cycle, militant, est une tradition dans cette ville très fortement ancrée à gauche : il vise à percevoir le cinéma à partir du champ social et politique et implique un lien sans cesse réactivé avec les associations locales et nationales, comme Attac, les Amis de la Terre, la Maison des femmes, le Réseau éducation sans frontières, la Ligue des droits de l’homme....Deux modalités de collaboration sont possibles, le plus souvent en rapport avec l’actualité du cinéma : dotées de leurs propres supports de communication, ces associations, fortes de leurs réseaux, peuvent, bien sûr, être d’excellents relais d’informations. Mais elles sont également à l’origine de programmations thématiques, de mini festivals (type semaine du développement durable) ou de soirées exceptionnelles, avec invités spécialisés, au risque (maîtrisable) de l’instrumentalisation des œuvres.

Parallèlement à ce cycle socio-politique, un projet a été initié par la salle en février 2006, soit quelques mois après ce que les télévisions nommaient “les émeutes de banlieues”. L’appel inaugural fut publié successivement par Indymédia, Le Monde, Les Cahiers du cinéma et Images documentaires. Face à la crise que connaissent les grands médias (menaces sur Libération, Politis, L’Humanité, arrêt de 90 minutes du Vrai Journal sur Canal +, d’Arrêts sur image sur France 5, mais aussi du Cinéma l’après-midi sur France Culture et de La Bande à Bonnaud sur France Inter...), il paraissait urgent d’inventer de nouvelles manières de traiter l’information, avec un réel esprit critique, un désir d’analyse, une subjectivité assumée qui mettrait en lumière, par contraste, la fausse objectivité des télévisions nationales et manifesterait un souci de la forme qui contournerait le formatage que nous subissons chaque jour davantage. Il s’agissait d’essayer de traiter de l’actualité “en” cinéma, en développant des expériences apparentées à la pratique des blogs ou aux pages réservées aux lecteurs dans les grands quotidiens, en affirmant une exigence et en refusant toute forme de démagogie. L’idée était également de replacer la salle de cinéma au centre de la vie publique (culturelle, mais aussi sociale et politique), avant de montrer ces films sur Internet pour leur assurer une circulation optimale. Avec des bonheurs inégaux, au sein des trois ateliers de production mis en place à Montreuil, Saint-Denis et La Courneuve, de petits films d’actualité ont donc été réalisés toute l’année par des non professionnels, décidés à partager, en vidéo légère, leurs points de vue singuliers sur l’actualité locale, nationale ou internationale, avant d’être diffusés sur grand écran.

Quatrième rendez-vous régulier du Méliès, quatrième point de vue sur le cinéma, qu’on pourrait qualifier d’esthétique ou de cinéphilique : les ciné-conférences, avec études de séquences plan par plan, consacrées à des films du répertoire et animées par un(e) universitaire (le plus souvent Fabienne Duszynski et Nachiketas Wignesan), qui anéantit le lieu commun démagogique selon lequel l’analyse assècherait ou dévitaliserait l’œuvre.

Un dernier cycle est apparu tout récemment. Intitulé “Parlons cinéma”, il est consacré à des films portés aux nues par la critique et qui nous laissent, quant à nous, perplexes (comme Honor de Cavalleria), voire agacés. Plutôt que de refuser totalement de montrer telle ou telle œuvre dont la presse a loué les mérites, nous en proposons quelques séances dont l’une est accompagnée d’un dialogue contradictoire entre un laudateur et un détracteur, contraints d’échanger sur le terrain de ce qu’ils appellent (sans parler toujours de la même entité) : “le cinéma”. Dans une société où l’on pratique plus volontiers l’anathème que la réelle confrontation des points de vue, la salle de cinéma peut se révéler comme un lieu privilégié d’exercice de la démocratie pour interroger idées et doxa, et penser à la fois la création contemporaine et sa perception critique.

Ce panorama des principales actions du cinéma Méliès n’a nulle vocation à être exhaustif. En sont ici exclues toutes les opérations qui sont menées spécifiquement en direction du jeune public et le nouveau cycle sur l’animation mis en place au Méliès par le Forum des images et l’Association française du cinéma d’animation. Il établit cependant qu’il ne faut jamais négliger d’inventer de nouvelles manières de faire découvrir et aimer le septième art. Sans doute le renouvellement du public cinéphile qui est notre objectif, mais aussi le maintien d’un enthousiasme dans l’exercice potentiellement routinier de la programmation, sont-ils à ce prix ? Cette typologie, dans sa diversité même, aura peut-être eu aussi le mérite de souligner la cohérence d’un projet de cinéma, et de justifier pour partie les ambitions nouvelles affichées par la ville de Montreuil, propriétaire du Méliès.

Notes :
  • Le Méliès de Montreuil participe au festival Paris cinéma, aux rencontres de la Seine-Saint-Denis coordonnées par Cinémas 93 et co-organise avec Périphérie les Rencontres du cinéma documentaire, qui en ce mois d’octobre 2007, porte sur « le comique documentaire » avec 3 invités d’honneur, Claudio Pazienza, Serguei Dvortsevoi et Luc Moullet, mais également Alain Cavalier, Radovan Tadic, Nicolas Philibert, Claudine Bories, Patrice Chagnard (sous réserves)...
  • Le réalisateur Fabien Pichler a consacré en 2006 un documentaire de 52 minutes au travail du Méliès, intitulé Ciné Qua Non.

26 janvier 2008, rassemblement des défenseurs du Méliès à Montreuil

du Méliès devant MK2 Bibliothèqu

Source : www.montreuil.fr
Signez la pétition de soutien au Méliès ici


L'excellence cinématographique
a droit de cité à Montreuil

Une nouvelle opération de soutien au cinéma municipal Georges-Méliès organisée par l'association Renc'art au Méliès a mobilisé plus de trois cents personnes, samedi 26 janvier devant le cinéma MK2 Bibliothèque. Cette manifestation à l’esprit bon enfant visait à sensibiliser le public aux menaces que font peser les groupes UGC et MK2, par leurs recours juridiques, sur le cinéma art et essai de Montreuil.



« La banlieue aussi a droit à l'excellence », tel était le message inscrit sur la grande banderole déployée sur le parvis du cinéma MK2 Bibliothèque. Car c’est bien l’offre d’un cinéma de qualité et la diversité du 7e art qui sont mises en danger par les accusations de concurrence déloyale formulées par les groupes UGC et MK2 à l’encontre du cinéma Georges-Méliès de Montreuil. Des accusations démenties par une récente analyse statistique des programmations comparées du Méliès, du MK2 Nation et de l'UGC de Rosny-sous-Bois rendue publique et qui confirme les très fortes différences entre ces cinémas en matière de programmation, de politique d'animation et de formation du jeune public.


C’est cette réalité là que les défenseurs du Méliès étaient venus porter ce samedi 26 janvier, une fois encore sans agressivité, bien au contraire. En musique, sur fond de théâtre de rue, de lâcher de ballons aux couleurs du Méliès et de distribution de pop corn, une pétition et des tracts ont été proposés aux passants qui ont été à l’écoute. Au cœur de l’animation, les comédiens et échassiers vêtus de rouge de l’Académie des arts du spectacle ont réinterprété le " drame " du Méliès façon Commedia dell’arte.




Près de 14 000 signataires de la pétition et des soutiens prestigieux


Ce rassemblement imaginatif a eu pour effet d’attirer la curiosité des passants et spectateurs du MK2 qui ont ainsi pu être informés des recours juridiques posés par UGC et MK2 contre le projet d’agrandissement du cinéma municipal montreuillois. La bonne humeur régnante n’a cependant pas été partagée par tous, le groupe MK2 ayant déclaré à la presse que des violences ont été commises lors de ce rassemblement et ayant mis en cause le député-maire de Montreuil. « C’est une polémique grotesque, une plainte absurde, une attitude mesquine, s’insurge Jean-Louis Le Gall, président de l’association Renc’Art au Méliès. La journée s’est déroulée de façon souriante, civique, citoyenne et culturelle. ».


Point de violence donc, mais une arme : l’humour. C’est donc par un clin d’œil que s’est achevée la manifestation, sur la passerelle Simone-de-Beauvoir. En référence à la campagne de presse menée début janvier dans laquelle MK2 et UGC étaient présentés en requins des Dents de la mer, deux requins en carton à l’effigie des deux groupes ont été jetés dans la Seine.


Ainsi donc grâce à la mobilisation de son public et de la population montreuilloise, le combat pour la défense du Méliès se poursuit. La pétition en faveur du cinéma municipal a obtenu près de 14.000 signatures et le soutien massif des professionnels du cinéma est plus que significatif . En effet, de nombreux distributeurs indépendants, 158 cinéastes français (Ozon, Desplechin, Tavernier, Breillat, Varda...) et internationaux dont 8 Palmes d'or (Lynch, Dardenne, Kiarostami, Rosi, Angelopoulos, Wenders...) s’associent à la cause du cinéma Méliès.

14 janvier 2008, Comœdia à Lyon, objectif : 20.000 signatures

Comœdia de Lyon
Consulter le blog, signer la pétition


Objectif 20.000 signatures

(déjà 14.000 !)

pour le soutien au Comœdia à Lyon



Depuis bientôt un mois, nous vous avons laissés sans nouvelles de la procédure engagée par UGC pour essayer de nous interdire l’utilisation du nom Comoedia ; et du mouvement de solidarité du public à travers la signature du texte de soutien disponible au cinéma et sur internet.


Pourquoi ? Parce qu’il n’y avait pas de nouveau jusqu’au 7 janvier et parce que, vous comme nous étions occupés à autre chose, à savoir bien finir l’année 2007 et commencer le mieux possible l’année 2008.

Les nouvelles concernant le soutien au Comoedia sont aujourd’hui les suivantes :
  • le mouvement de soutien et de solidarité autour du Comoedia atteint une grande ampleur avec à ce jour plus de 13.000 signatures et il en arrive de nouvelles chaque jour !
  • des élus du Grand Lyon, en l’occurrence Nadine Gelas et Jacky Darne, nous ont fait connaître leur préoccupation et ont souhaité nous rencontrer. Une réunion est prévue pour ce jeudi 17 janvier en présence du conseiller cinéma de la DRAC.
Il est trop tôt pour savoir si ce rendez-vous aboutira à quelque chose ou non, mais il nous parait important de pouvoir expliquer les choses et débattre avec les élus.
  • d’autres personnalités politiques ont signé le texte de soutien ou nous ont écrit pour manifester leur soutien.
  • les problèmes rencontrés par le Comœdia étant emblématiques des tensions nationales entre grands groupes et salles de cinéma indépendantes, nous participerons à la table ronde qui aura lieu le vendredi 25 janvier au cinéma Les Alizés de Bron sur le thème : « Quel avenir pour les cinémas de nos villes et pour la diversité culturelle ? »

Sur le plan judiciaire, les méthodes d’UGC n’ont pas l’air de vouloir beaucoup évoluer en 2008.
Ainsi, nous avons reçu le lundi 7 janvier une nouvelle assignation à comparaitre devant le Tribunal de Grande Instance de Lyon, statuant en référé.

Sauf changement de dernière minute, l’audience est fixée au lundi 28 janvier à 13 h 30.

Utopia vs Montreuil

Chers spectateurs d’Utopia,

Vous avez sans doute été surpris, comme nous, choqués parfois (cf la lettre d'un spectateur sur le site d'Utopia), de voir la direction de votre salle de cinéma préférée produire un texte assez virulent explicitant son ralliement à la cause d’UGC et MK2 contre le projet d’extension du cinéma Art et Essai Le Méliès de Montreuil, en Seine-Saint-Denis, cousin lointain des salles Utopia. Cette prise de position inattendue est apparue à beaucoup comme une alliance contre nature, un reniement, voire une trahison. Ajoutent au trouble provoqué le fait que ce communiqué de presse d’Utopia et affiliés (alias ISF) a été remis au député-maire de Montreuil en main propre par Guy Verrechia, PDG d’UGC avant même qu’il n’ait été publié et sa reprise dans Trois couleurs, revue des salles MK2, en guise de « soutien explicite ». Utopia, qui se dit, non sans excès, seul pourfendeur de la carte illimitée et des multiplexes (et que personne n’a, par exemple, entendu depuis la création de la carte illimitée commune UGC-MK2…), est devenu depuis cette parution la caution des circuits nationaux. La chose est suffisamment nouvelle pour être interrogée.

Revenons donc aux faits et au texte lui-même : les salles du réseau ISF se disent « interpellées (?) par une réalisation qui transforme, de fait, un cinéma public de bonne tenue (merci pour la condescendance !) en compétiteur (Utopia perçoit-il l’amour et la défense du cinéma comme une compétition ?) dans la « cour des grands » (Qui a les clés de la cour ?) ». Formulation fascinante, qui témoigne à la fois d’un agacement teinté de jalousie (eh oui, ça existe aussi dans le champ de l’exploitation) et d’un désir en miroir d’être admis naturellement comme l’un de ces « grands » tant fustigés, donc en l’espèce de ne pas être exclus d’un débat qui ne les concernait pas (qu’il y ait 3 ou 6 salles à Montreuil, pour Bordeaux ou Toulouse, imaginez l’enjeu…). En revanche, toute liaison entre cette intervention surprise en faveur des circuits et l’intérêt possible d’Utopia pour la reprise du Louxor à Paris (à propos duquel UGC vient d’annoncer qu’il renonçait par avance à faire appel pour « concurrence déloyale » en dépit du soutien au projet de la mairie de Paris), ne serait bien sûr que pure coïncidence…

Mais ce n’est pas tout : cette « réalisation, précise le texte, ferait d’un élu ( ???) le véritable bénéficiaire d’une opération qui ne sert qu’à alimenter les tensions sur un marché qui n’en a guère besoin ». Ce n’est donc pas Utopia qui, en tirant sur un de ses alliés naturels dans le champ de l’art et essai, « alimente les tensions » et accentue les divisions du mouvement. C’est le maire de la ville de 100.000 habitants poursuivi devant le Tribunal administratif par les circuits, parce qu’il entend défendre le cinéma Art et Essai sur 6 écrans et non plus 3 ! C’est la victime de l’agression qui est coupable de crier « au secours »… Et la question de la défense du septième art, de la spécificité des salles Art et Essai ou des salles municipales et associatives, d’être purement et simplement évacuée.

ISF se dit également « inquiet, car les recours engagés contre le projet de Montreuil (par UGC et MK2) risquent de menacer le principe même des aides sélectives du CNC ». Bien vu ! Or qui menace ces aides en ce moment, sinon Marin Karmitz, PDG de MK2, qui répondait à l’AFP : « Il y a plus grave que la concurrence déloyale des salles municipales » : les aides qu’octroie l’Etat aux salles pour faire de « pseudo actions culturelles » ! La position d’Utopia est donc des plus claires : la ville de Montreuil est coupable d’avoir eu de l’ambition pour le Cinéma, coupable d’avoir troublé l’ordre public en ne laissant pas aux seuls circuits la possibilité de se développer et coupable d’avoir fait du bruit pour se défendre après avoir appris qu’elle était poursuivie en justice (pétition à l’appui signée par 158 cinéastes internationaux dont 8 Palme d’or - Lynch, Kiarostami, Dardenne, Rosi, Schatzberg, Angelopoulous, Wenders, mais aussi Ozon, Ferran, Tavernier, Klapisch, Varda, Vincent, Desplechin, Abel Ferrara ou Wong Kar Waï…). Et UGC et MK2 ont raison de dénoncer les aides publiques, sauf celles que touche ou devrait toucher Utopia, puisque dans le même temps le réseau proteste, non sans raison, contre le refus de la communauté urbaine de Bordeaux de l’exonérer de taxes de parking exorbitantes, qui, comme en 2003, menaceraient leur existence. Les aides publiques, oui, mais à condition de ne pas trop en parler (c’est infamant sans doute) et si possible des aides pour soi, et pas pour les autres : comme pour MK2, qui attaque sans cesse les « salles subventionnées » où les films qu’il produit et distribue réalisent leurs meilleures entrées, on frôle la schizophrénie.



Au centre du débat se trouve donc la question de la légitimité de l’intervention des pouvoirs publics dans le champ de l’exploitation : légitimité nulle en milieu urbain pour MK2 et UGC. « Le cinéma est un commerce comme un autre », résume le directeur d’UGC, au mépris des conventions signées par la France à l’Unesco sur l’exception culturelle. Mais le libéralisme peu surprenant d’UGC sur la question du service public de la culture est rejoint par un regrettable poujadisme de gauche d’Utopia, qui associe le statut de salle municipale à une fantasmatique « allégeance aux élus locaux » ( ???), indique, non sans préjugé idéologique, qu’ « il ne peut y avoir de liberté de programmation sans indépendance financière » et reproche aux salles publiques de « ne pas avoir de soucis de gestion » (re ???) ! Toute salle publique (serait-ce valable pour les théâtres aussi, ou pour les bibliothèques ?) serait donc entachée d’un vice originel : elle ne saurait avoir de mérite, puisque personne n’y risque ses propres fonds… « S’il est si bon qu’on le dit le directeur du Méliès, qu’on privatise la salle qu’il dirige et après, on reconnaîtra son travail », défie virilement Utopia dans son blog, à l’unisson du site liberaux.org. Voici donc explicité le critère premier du mérite : l’argent et la capacité à gérer. On comprend mieux qu’Utopia se rapproche ces derniers temps d’UGC, dont il se veut sans doute le complément parfait, pour ne pas dire unique.

Or Le Méliès, Le Comœdia de Lyon, lui aussi attaqué par UGC, l’Association française des cinémas d'art et d'essai et le Groupement national des cinémas de recherche se refusent à tomber dans ce piège grotesque qui consisterait à opposer les salles publiques et les salles privées au sein du mouvement Art et Essai (a fortiori à les penser bêtement en bons ou méchants, comme le prétend Utopia). N’est-il pas en effet préférable de considérer prioritairement la qualité du travail fourni par les uns et les autres (et celui d’Utopia est vraiment remarquable), quel que soit le statut juridique des établissements ? L’origine de l’argent ne saurait être le premier critère d’évaluation des salles, même s’il est parfaitement légitime d’être plus exigeant avec les salles qui, comme Le Méliès (doté, précisons-le au passage, des trois labels d’excellence du CNC) touchent des fonds publics.

Voilà donc comment, pour défendre sa boutique et ses intérêts personnels, Utopia en est venu à remettre en cause le principe même d’un service public de la culture, et le statut même de salle municipale, tout en craignant, non sans fondement, que ne soient attaquées, dans la foulée, les aides publiques d’autres natures, et notamment celles de l’Etat… Quant au fait qu’Utopia, chantre de la culture de gauche, surfe sur l’air du temps défavorable au secteur public, sans doute faut-il y voir un symptôme des troubles de ce temps.

Dans le même texte, Utopia se plaint également (tant qu’à faire…) du trop grand nombre de festivals de cinéma subventionnés : peut-être ont-ils alors accueilli comme une victoire personnelle l’annonce récente de la baisse très conséquente du budget des DRAC (Direction régionale des affaires culturelles), qui risque de coûter leur existence à des dizaines d’associations et de festivals de cinéma en France… On regrette là encore une survalorisation des histoires personnelles et intérêts particuliers (la « rivalité » du festival Féminin de Bordeaux aidé par la mairie ou du cinéma Jean Eustache de Pessac). On savait que parfois la politique de programmation d’Utopia était davantage fondée sur des enjeux politiques qu’esthétiques. On ne se doutait pas que leur vision stratégique et leur souci de promouvoir leur (excellente) « marque » pouvaient se révéler aussi contre-productifs et finalement contraires aux intérêts du cinéma lui-même, que nous pensions sincèrement défendre ensemble.

Stéphane Goudet, directeur du Méliès,
pour la ville de Montreuil.

Il y aura moins de salles mais elles seront meilleures...

Fin des années 50 : la chute des entrées contraint les cinémas à se restructurer. Les exploitants abandonnent alors les zones rurales et les périphéries pour se concentrer en centre-ville et créent les complexes. Ce vaste réaménagement bénéficie de l’aide du Centre national de la cinématographie, et de son outil efficace, le Fonds de soutien (une enveloppe alimentée par une taxe prélevée sur chaque entrée). Le cinéma français a été sauvé mais au prix d’une désertification complète de larges zones : au début des années 80, plus d’1/3 des spectateurs aquitains fréquentaient les 3 cinémas regroupés autour de la place Gambetta à Bordeaux ! En 1983, la réforme du cinéma a cherché à corriger ces effets néfastes en mettant en place l’Agence pour le Développement Régional du Cinéma. Les collectivités locales se sont largement investies dans cet aménagement culturel du territoire. La profession a émis quelques réserves mais a vite compris qu’elle n’avait rien à redouter de ces salles crées par les municipalités dont un grand nombre leur a été confié : en Gironde, la majorité d’entre elles sont gérées par des privés.

Après plus de deux décennies, certains exploitants privés partent en guerre contre les salles dites municipales. Mais que s’est-il passé ? Afin de contrôler le marché, les grands groupes viennent de se livrer une bataille dans les villes clefs : 150 multiplexes ouverts en une douzaine d’années. Puis, UGC suivi de Gaumont et de MK2 lance ses fameuses cartes illimitées. Aujourd’hui, ces équipements dominent le marché: 7% des cinémas, 52% des entrées. Lourdement endettées, les marges bénéficiaires de la branche en période d'amortissement sont négatives depuis 1999 d'autant que le prix moyen réel des places a été tiré vers le bas par la concurrence exacerbée. Si on ajoute la rétraction des entrées comme en 2007 (- 4% par rapport à 2006), les comptes d'exploitation fragilisés menacent les plus faibles. Face aux changements radicaux de comportements de loisirs (pratique intensive et coûteuse du téléphone portable et d’internet chez les jeunes), la profession continue à sortir les films chaque semaine par rafale de 15 avec 35 séances hebdomadaires et à négliger la formation de ses responsables : l’exploitation est l’un des rares secteurs culturels à ne pas avoir instauré de formation spécifique de directeur de salles...

Comme, il est toujours plus confortable de faire porter la responsabilité de ses propres choix aux autres, certains entrepreneurs privés accusent les salles municipales de leur faire une concurrence déloyale. Il convient cependant de rappeler que le secteur public n'est intervenu que lorsque le privé avait renoncé. C'est précisément le cas à Montreuil. UGC a fermé son cinéma, jugé non rentable, pour ouvrir à Rosny-sous-Bois un multiplexe de 15 salles. La municipalité de Montreuil qui n'a pas accepté de laisser ses 100 000 habitants sans cinéma, a repris l'équipement, l'a rénové, a changé la programmation, fait un travail scolaire... et le public est revenu. Trop à l'étroit même dans ses murs, Le Méliès a monté un projet d'extension validé par la Commission départementale d'équipement cinématographique. UGC a attaqué la décision devant le tribunal administratif et ouvert les hostilités. Depuis, le congrès des exploitants lui a offert une tribune et UGC a été rejoint par MK2, par le réseau Utopia et par tous les autres contempteurs du secteur public pour dénoncer les subventions allouées aux salles dites municipales...

Aujourd'hui, la France jouit d'une situation unique avec des cinémas qui couvrent l'ensemble du territoire. Remettre en cause cet équilibre pour mettre un terme aux rares situations de concurrence entre privés et salles municipales, c’est menacer directement la survie de toutes les autres "petites salles". Or lorsque ces salles bénéficient de subventions, c’est parce que précisément elles assurent un service public : accès aux films différents sur l’ensemble du territoire, éducation au cinéma par l’accueil des dispositifs mis en place par le CNC, politique vitale pour l’ensemble de la filière en assurant la reproduction du public assidu (qui va au moins une fois par semaine au cinéma), mais aussi aménagement urbain et rural, politiques des quartiers, etc. Certes, en cas de fermeture, certains peuvent espérer un report des spectateurs vers eux : il n’est jamais que partiel. Or c’est la pérennité du public qui constitue l’enjeu principal : l’éducation au cinéma, la formation du personnel et la défense qualitative des films en sont les meilleurs garants.

A la descente du train et interrogée par ses camarades sur les procès de Moscou, Ninotchka leur déclare triomphante : Il y aura moins de Russes, mais ils seront meilleurs... J’ai bien peur qu’aujourd’hui encore on applique cette vision mortifère aux salles de cinéma afin que certains puissent se réjouir à très court terme: il y aura moins de salles, mais elles seront plus ... profitables...

Jean-Marie Tixier
Président du cinéma Jean Eustache à Pessac
(Carte blanche dans Sud-Ouest du lundi 10 décembre 07, p.1-13)

photo d'après Action du Méliès contre UGC de PE-Weck

Utopia vs Jean Eustache : droit de réponse du Jean Eustache (Pessac)

DROIT DE REPONSE
(aux attaques d'Utopia en direction du Jean-Eustache en particulier,
et aux attaques d'UGC-MK2-Utopia envers les cinémas de proximité en général
)




BÊTE ET MÉCHANT

Exploitation cinématographique :
les salles municipales, boucs émissaires
de l'imprévoyance des circuits



Pour le spectateur lambda, il y a sans doute quelque étonnement et incompréhension à assister aux récentes piques de l'Utopia (aux côtés d'UGC et de MK2), envers les salles dites municipales en général et envers le Jean-Eustache, en particulier. Le récent entretien réalisé par le journal Sud-Ouest a eu le mérite de clarifier, un peu, la position de chacun. Cependant il nous semble nécessaire de faire un point, non par mouvement d'humeur, mais parce que l'enjeu est de taille.

En deux mots, que se passe-t-il ? Le système d'exploitation des salles de cinéma est de moins en moins rentable, pour ne pas dire plus. Certes, la fréquentation est à un niveau assez élevé si on la compare aux dix dernières années. Mais les circuits et les indépendants ont consenti de gros investissements. En 12 ans, le parc a été complètement transformé : les 146 multiplexes construits pendant la période (soit 7% des lieux) réalisent 55% des recettes. UGC et autres circuits ont cru qu'il suffirait de faire de belles et bonnes salles de cinéma. Or, cela ne suffit pas. Encore faut-il qu'il y ait du désir pour un film et pour la sortie au cinéma. Qu'à cela ne tienne, UGC a cru avoir trouvé la parade avec la carte "Illimité". Mais même cette formule a montré ses limites. La société s'est transformée et les comportements de loisirs ont été bouleversés : apparition du DVD, développement éclair du téléphone portable, d'internet et du haut débit. Aujourd'hui, quel adolescent renoncerait à son abonnement téléphonique de 30 € avec 3h de communication mensuelle pour acheter une Carte cinéma Illimité à 19,80€ par mois ? La réponse est simple : aucun. Les statistiques du Centre national du cinéma sont cruelles : la part des 15-24 ans dans les entrées en salles est passée de 56% en 1980 à 27% en 2006 ; dans le même temps, la part des plus de 50 ans dans les entrées en salles est passée de 7,3% en 1980 à 31,7% ! Face à un vieillissement caractérisé du public, les opérateurs ont investi dans des multiplexes tout spécialement dédiés au public jeune (avec confiseries, jeux vidéo..). Erreur stratégique fatale. Et l'on veut remettre en cause, la viabilité des cinémas de proximité : contresens total.


146 MULTIPLEXES COUTEUX
POUR DES JEUNES QUI PREFERENT INTERNET ET LEUR PORTABLE



De plus, face à ces changements considérables de comportement, l'exploitation en France campe sur son modèle vieux de 40 ans : on sort les films à la douzaine chaque semaine, à raison de 5 séances par jour, et 10 d'entre eux vont à la trappe la semaine suivante. Un véritable carnage culturel hebdomadaire. On ne se soucie guère ni d'éducation au cinéma (les ciné-clubs qui ont forgé des générations de spectateurs n'ont pas été franchement remplacés), on évite de se poser la question de la formation culturelle du personnel des salles de cinéma, et enfin on se garde soigneusement d'essayer de nouvelles formes d'animation, de communication. Bien sûr, je parle ici du modèle dominant, il y a fort heureusement des exceptions.

Aujourd'hui, quel est le taux de remplissage moyen d'une salle de cinéma ? Allez dites un chifre: 50% ? 40% ? 30% ? Non, il est seulement de 15% (30 spectateurs en moyenne par séance dans une salle de 200 places - statistiques CNC octobre 2007) ! Vous aurez noté que personne (ni la Fédération des Cinémas Français, ni la presse professionnelle, ni la presse nationale) ne communique sur ce chiffre. Cela traduit une incapacité à regarder la situation en face. Et donc du coup, à prendre véritablement les mesures qui s'imposent. Face à cette situation préoccupante : « A qui la faute ? » Selon UGC, MK2 ou Utopia, ce sont tout simplement les salles « dites » municipales qui feraient de l'ombre aux salles privées ! Les salles municipales seraient responsables des erreurs stratégiques des circuits, du suréquipement de certaines agglomérations, de leur cécité quant aux changements culturels et générationnels chez le public, de leur manque de prospective...



LES 1.000 CINES DE PROXIMITE COMME BOUCS EMISSAIRES
DE LA CECITE DE LA PROFESSION



Il est sans doute bon ici de donner quelques repères : parmi les 2.006 cinémas de France, 707 sont gérés par une association, 370 en direct par une ville. Les 370 cinémas municipaux (18% des lieux) totalisent 1,9% des recettes, c'est dire s'ils mettent en péril le secteur !!! Les cinémas associatifs (35% du parc tout de même) totalisent 6,1% des recettes. On le voit, ce véritable maillage culturel est énorme par sa densité (53% des sites, 1.000 cinémas sur tout le territoire) mais est extrêmement minoritaire par son importance économique (8% du marché). La raison en est simple : ces salles sont situées là où le privé n'a pas voulu s'installer : les zones rurales et les villes de banlieue.

Nous l'affirmons ici clairement : UGC, de manière concertée avec MK2 et Utopia, a mis en marche une remise en cause de la légitimité culturelle du cinéma et de la répartition des missions et des moyens de chacun. Le scénario est limpide. Mai 2007. Cannes. Jean Labé, Président de la Fédération nationale des cinémas français, interpelle les pouvoirs publics en leur demandant si le cinéma relève bien du Ministère de la Culture ou bien du celui de l'Industrie et du Commerce. Question inimaginable 15 jours auparavant. Septembre 2007. UGC change sa formule de carte illimitée, et est rejoint par MK2. Le groupe attaque (par recours juridique) le projet du Méliès à Montreuil et celui du Comœdia à Lyon, qui sont pourtant passés de manière satisfaisante devant les différentes commissions.

Septembre encore. Le Ministère de la Culture annonce la création d'une commission pour étudier les règles de concurrence dans l'exploitation. Une première ! Octobre 2007. L ‘ensemble du Congrès des exploitants à Deauville autour du “mauvais comportement des salles municipales”. Novembre 2007. Utopia appelle à un “Grenelle de l’exploitation”et diffuse une attaque en règle contre le Jean Eustache qui "ferait son lard" avec une programmation trop grand public. Que va-t-il se passer ensuite ? Il y a fort à parier que la Commission nommée par le CNC attendra que les élections municipales soient passées, pour dérouler en mai 2008 à Cannes, une nouvelle grille de fonctionnement que l'on peut aisément prévoir : fin des sorties nationales et de l'accès aux films porteurs "grand public" et "Art et Essai" pour les salles de proximité en zone de concurrence. Comme UGC considère que sa zone concurrentielle est de 50km autour de ses multiplexes, il risque de ne pas y avoir beaucoup de cinémas non concernés. Cela signifie, dans la foulée, une baisse drastique des entrées pour les cinémas de proximité, avec effet boule de neige: baisse de personnel, du nombre de séances et fermeture dans un grand nombre de cas.

Que UGC et MK2 défendent leurs intérêts commerciaux et qu'ils y mettent beaucoup d'ardeur, quelque part quoi de plus logique ? Mais,même si Christine Albanel a donné raison à Montreuil dans son conflit avec UGC, et même si Véronique Cayla (DG du Centre national du cinéma) a valorisé le travail des indépendants à Deauville, la réserve des pouvoirs publics et des élus, la méconnaissance du problème par la presse généraliste ainsi que la complaisaince de certains supports (Film Français, Ecran Total, Télérama) ont de quoi inquiéter. Mais, ce qui est plus déstabilisant encore, c'est que Utopia, dont l'image auprès des médias et des institutions est très influente, se comporte comme un aveugle complice. Car enfin, la finesse et la cohérence de leur discours politique ne sont pas à la hauteur de la qualité de leur programmation, du charme architectural de leurs cinémas et de l'efficacité de leur gazette. Pour tout dire, on se rapproche du niveau zéro de la politique. Explications.



C’EST TOUT LE CINÉMA QUI EST SUBVENTIONNE



Le niveau zéro de la politique c'est bâtir, à l'instar d'UGC et de MK2, TOUT son argumentaire sur un sophisme ravageur : cinéma municipal = cinéma subventionné. Ce qui tendrait à dire que les cinémas non municipaux ne sont pas subventionnés, ce qui est rigoureusement faux. Via le fonds de soutien automatique, sélectif, via les primes Art et Essai, via l'aide au tirage des copies, via l'aide sélective à la distribution, via l'avance sur recettes, c'est tout simplement tout le secteur qui est subventionné. Sauf que, pour Utopia comme pour UGC et la Fédération nationale des cinémas français, les subventions ministérielles sont « propres », légitimes, faisant partie intégrante du système depuis belle lurette. D'ailleurs, on ne les nomme pas “subventions” mais “aides”, superbe hypocrisie d'une partie du secteur privé qui veut bien toucher de l'argent public mais surtout sans le dire. Alors que les subventions municipales, elles, relèveraient du pur arbitraire et de la concurrence déloyale !!! Le niveau zéro de la politique, c'est avoir la prétention d'avoir trouvé le bon modèle, de pratiquer l'intolérance en essayant d'imposer ce modèle à n'importe quel lieu et en niant la pertinence de toute alternative. Le niveau zéro de la politique, c'est privilégier systématiquement l'intérêt particulier par rapport à l'intérêt général. C'est développer un discours qui a pour seul objectif de préserver l'Utopia de Bordeaux au détriment des cinémas de proximité l'environnant. C'est chercher à gagner la bataille légitime de l'exonération de la taxe sur les parkings et EN MEME TEMPS chercher à perdre la guerre de l'exception culturelle (N.B. : Utopia a gagné la bataille de l'exonération de la taxe professionnelle pour les cinémas Art et Essai qui réalisent entre 6000 et 7500 entrées hebdomadaires, via le dépôt d'un amendement des députés Michèle Delaunay et Alain Rousset, voté tout récemment).

Le niveau zéro de la politique, c'est une exploitation avec deux modèles : le multiplexe généraliste d'un côté et Utopia hyper Art et essai de l'autre. Autrement dit, le cinéma de proximité devrait se conformer au modèle Utopia et diffuser 100% d'Art et Essai. Autant dire Adieu à toute idée de mixité sociale et d’animation urbaine. Les personnes âgées et les adolescents n'auraient qu'à prendre le bus ou leur mobylette pour aller dans le multiplexe en bordure de rocade s'ils veulent voir Un Secretou La Vengeance dans la peau. Et pour ceux qui sont en zone rurale, il ne leur resterait plus qu'à faire 50km en voiture. Utopia milite pour l'environnement, sachez-le ! Le niveau zéro de la politique, c'est pratiquer à longueur d'éditos, l'approximation, l'erreur, l'ignorance et la rétention d'informations : l'Utopia pointe du doigt la subvention de fonctionnement du Jean Eustache, tout en reconnaissant, en présence de Sud-Ouest, en ignorer le montant (!) et tout en passant sous silence sa subvention Art et essai record d'Aquitaine (67.000 € - subvention méritée par ailleurs). Il « dénonce » le coût d'investissement du nouveau Jean Eustache, mais le chiffre qu'il cite est deux fois supérieur à la réalité (9 millions d'Euros au lieu de 4,5) et il oublie de dire que l'Utopia de Bordeaux a lui-même touché une aide sélective record du CNC (et c'est tant mieux pour eux, évidemment). Utopia stigmatise la programmation du Jean Eustache qui ferait la part trop belle aux films grand public, alors que notre cinéma propose plus de 3.500 séances par an de films recommandés Art et essai, soit le 3eme niveau de séances Art et Essai sur les 136 cinémas aquitains, derrière... UGC et Utopia.



LA REMISE EN CAUSE DU MODELE FRANCAIS CITE EN EXEMPLE DANS LE MONDE ENTIER

Le niveau zéro de la politique, c'est penser qu'une association qui reçoit des subventions est forcément riche comme Crésus, alors que c'est tout le contraire. Qu'Utopia fasse un petit sondage dans le milieu associatif, ils vont peut être revenir sur terre : de nombreux cinémas de proximité fonctionnent avec des contrats aidés, des bénévoles et des subventions minimalistes, voire pas de subvention du tout. Quant au Jean-Eustache, il ne fait pas de “gras” : nous venons de diminuer les temps horaires de deux salariés et de supprimer deux séances hebdomadaires afin de réaliser des économies sur les frais de fonctionnement. Le niveau zéro de la politique, c'est réfléchir au film de la semaine prochaine sans s'investir dans les actions d'éducation au cinéma ou de formation du personnel. Cela fait plus de 30 ans que les dirigeants d'Utopia exploitent des salles. Ils sont pourtant totalement étrangers aux dispositifs Ecole, Collège et Lycéens au cinéma et viennent critiquer ceux qui s'y investissent au quotidien : le Jean-Eustache coordonne Ecole et cinéma en Gironde, Passeurs d'images, Lycéens au cinéma en Aquitaine et participent à de nombreuses formations.

En conclusion, la guerre qui vient d'être déclarée par UGC, MK2 et Utopia, avec un assentiment tacite de la Fédération des cinémas français ainsi qu'une intervention assez réservée des pouvoirs publics et des distributeurs, est tout simplement la remise en cause d'un système qui a pourtant fait ses preuves et qui est cité en modèle dans le monde entier. Si, au nom de la libre concurrence, la règle de l'exception culturelle est remise en question pour l'exploitation cinématographique de proximité, alors c'est un millier de lieux cinématographiques, ouverts tous les jours, dans 1.000 communes de France, qui sont menacés. Hara-Kiri en somme.



FRANÇOIS AYMÉ, DIRECTEUR DU CINÉMA JEAN- EUSTACHE - PESSAC N.B. sources statistitiques : « Geographie du cinéma » (oct. 2007). Centre Nat. de la Cinématographie. Article (dans sa version intégrale) à télécharger sur le site du cinéma : www.webeustache.com Réactions à cet article, à adresser à : ayme.festival.pessac@wanadoo.fr Un numéro spécial de L'Eustache d'Encre consacré à ce sujet est disponible au cinéma sur simple demande. Sud Ouest publiera une synhtèse de Jean-Marie Tixier, Président du Jean-Eustache, le 10 décembre prochain.

13 décembre 2007, Blog du Comœdia de Lyon

Comœdia de Lyon
Consulter le blog, signer la pétition


Les informations concernant les attaques en justice d’UGC contre le Comœdia que nous avons données à nos spectateurs et que bon nombre de journaux, radios et TV lyonnais ont également diffusées auprès de leurs publics respectifs ont déjà amené plus de 5.000 personnes à signer le texte de soutien.

Nous espérons maintenant que le fort mouvement de soutien qui se développe nous permettra d’atteindre rapidement les 10.000 signatures et, par ailleurs, nous rendrons prochainement publique la liste des personnalités politiques qui nous ont manifesté leur soutien.

Un grand merci à tous ceux qui montrent ainsi leur attachement à la pluralité et à la diversité des lieux de diffusion des films. Les signatures et les messages de soutien sont pour nous un grand encouragement à ne pas baisser les bras et à continuer de défendre à la fois les films que nous aimons et une certaine conception du cinéma.

Et, à ce propos, ne ratez pas la Graine et le mulet (12 déc.), la Visite de la fanfare(19 déc.), les Trois brigands (19 déc.) ou Gone Baby Gone (26 déc.)

La première audience concernant la question du nom Comœdia a eu lieu le mardi 11 décembre 2007 devant le tribunal de grande instance de Lyon. Elle a été de courte durée car la juge s’est déclarée incompétente compte tenu des derniers arguments d’UGC.



Pour essayer d’expliquer la situation juridique en quelques lignes :

UGC nous a assigné au fond devant le tribunal de grande instance et a aussi demandé à cette même juridiction une décision en référé de façon à nous contraindre sans attendre la décision au fond qui demande plus de temps.

Pendant la phase écrite avant audience, qui dure depuis quelques semaines, et durant laquelle les avocats de chaque partie échangent leurs arguments juridiques, UGC a développé des arguments auxquels notre avocat a répondu par les siens.

Puis, jeudi dernier, compte tenu de nos arguments, UGC est parti sur une argumentation nouvelle qui, de fait, rendait incompétente la juridiction devant laquelle ils nous avaient assignés !

Ce que la juge n’a pu que constater et elle s’est donc déclarée incompétente pour traiter le dossier.

Cela veut dire que l’action au fond court toujours bien sûr et connaîtra ses développements dans les semaines et les mois à venir. Quant à une éventuelle action en référé, c’est maintenant à UGC de voir s’ils veulent continuer dans cette voie mais devant une autre juridiction…

12 décembre 2007, une bonne leçon d'Utopia…


Voici un extrait du compte-rendu du 12 décembre 2007

du Conseil Municipal de la commune d'Aulus-les-Bains,
(189 habitants, dont 119 inactifs en 1999,
chiffres en baisse depuis 1982, non précisés en 2006)




Cliquez sur l'image pour la voir en grand
Télécharger le PV complet en pdf
ici.
Voir le site de la Commune d'Aulus ici.




Sans commentaire...

10 décembre 2007 : Communiqué de presse de l'ACRIF

L’ACRIF – Association des cinémas de recherche d’Ile-de-France
a été créée en 1981 par des programmateurs indépendants
de salles de cinéma de la région parisienne
et regroupe actuellement une cinquantaine d’établissements.

Autant de villes, autant de situations spécifiques
et une ambition commune : faire connaître des lieux de cinéma
qui proposent aux publics un travail singulier e
t innovant de programmation et d’animation.

Le texte suivant est une contribution
à la réflexion sur les rapports entre lieux
de diffusion cinématographique et argent public
et plus largement entre art et marché.

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Indépendant (adj) : Qui est libre de toute dépendance.

Il y a trente ans, lorsque l’exploitation privée a déserté les banlieues et les quartiers difficiles, le parc de salles de cinéma n’y a dû son salut qu’à l’engagement financier ET politique des élus locaux qui, en rachetant des salles de cinéma vouées à la fermeture, ou en en créant, ont maintenu, dans des zones urbaines isolées ou sinistrées, la vie de la cité et garanti aux populations un accès à l’art et à la culture. Cette démarche, accompagnée à l’époque par le Centre national de la cinématographie, n’a, bien que n'allant pas de soi, soulevé aucun tollé.

Signe des temps, cet engagement est, depuis quelque temps, attaqué de toutes parts : tout d’abord par deux grands circuits privés, UGC et MK2 (qui détiennent, à titre d’exemple, à eux seuls LA part prépondérante de l’exploitation en région Ile-de-France) mais aussi par quelques salles dites « indépendantes » de la part desquelles nous aurions pu attendre plus d’intelligence et de circonspection.

Un fantasme se fait jour : celui des salles municipales ou associatives qui bénéficieraient de véritables « rentes de situation » pendant que les autres se dépêtreraient courageusement avec les exigences du marché.

Bref, en termes de politique culturelle cinématographique, l’argent public serait, purement et simplement, dépensé, soit en pure perte, soit pour exercer une concurrence déloyale aux circuits.

La démarche d’UGC et MK2 est très claire : il s’agit d’attaquer et d’éliminer méthodiquement tous ceux qui menacent leur volonté hégémonique de se constituer en Trust et d’éliminer la concurrence, volonté dont le bras armé est bien évidemment le système des cartes illimitées. Système qui, au passage, pose un gros problème d’opacité de la remontée des recettes aux ayant-droits et ne peut aboutir qu’à une disparition de la logique collective, qui préside – encore – aux financements du cinéma français, puisque le partage des recettes est décrété de manière arbitraire et unilatérale par le seul exploitant.

La position des quelques salles qui se réclament d’un nouveau réseau, ISF (cf. ci-dessous) , nous semble beaucoup plus problématique. Une seule indépendance semble, à leurs yeux, avoir de la valeur : l’indépendance au politique. Comme si ces mêmes élus qui sauvaient il y a trente ans les salles de cinéma de leur ville, n’étaient maintenant plus des gens fréquentables.

A l’heure du désengagement de l’Etat (baisse annoncée des crédits déconcentrés dans les DRAC, mise en danger progressive de l’éducation artistique à l’école…), il est éminemment problématique de balayer nos élus du revers de la main et de les assimiler à de vagues crétins qui n’auraient en tête que « nous faire passer des films commerciaux en VF ». D’une part parce que cela participe du climat ambiant où la défiance face au politique n’aboutit finalement qu’à un désengagement général des citoyens et, d’autre part, parce que cela nous permet aussi de faire l’économie d’une démarche de formation et d’explication de notre travail à leur égard.


Si une réflexion PERMANENTE est à mener quant à une véritable politique culturelle des salles ayant une « mission de service public» et quant à leur rôle prépondérant dans l’accompagnement des démarches artistiques les plus exigeantes, les plus novatrices et les plus fragiles, l’ambiance actuelle qui consiste à regarder d’un regard malveillant le travail de son voisin risque à plus ou moins court terme de nous voir nous comporter comme des petits commerçants hargneux et non comme des acteurs de la vie artistique et culturelle.


L’art et la politique prennent leurs racines dans une volonté commune : partager sa vision du monde avec l’autre pour en faire une expérience collective. C’est peut-être pour cette raison que, paradoxalement, la participation des élus locaux dans la vie de leur salle de cinéma reste l’un des derniers remparts à la dérégulation des flux.


Pour toutes ces raisons, l’ACRIF soutient sans réserve toute salle dont la mission de service public serait menacée, aussi bien par des grands circuits commerciaux déterminés à se constituer un monopole que par les effets destructeurs et contre-productifs des discours distillés par certains.


L’ACRIF – Association
des cinémas de recherche d’Ile-de-France

57 rue de Châteaudun – 75009 Paris
Tél : 01 48 78 14 18 – Fax : 01 48 78 25 35

www.acrif.org


ISF : Il s’agit de salles – les Utopia de Bordeaux, Toulouse, Avignon, Saint-Ouen l’Aumône et Pontoise, le Pandora d’Achères, les cinémas Diagonal de Montpellier… – regroupées sous le sigle ISF (Indépendants, Solidaires, Fédérés) dont le communiqué a été repris in extenso dans la « Tribune libre » de TROIS COULEURS, publication des cinémas MK2 faisant état du recours déposé par UGC et MK2 contre l’extensiondu Méliès à Montreuil-sous-Bois


Manifeste pour un service public de cinéma par l'association Cinéma Public

Pétition de soutien ici


Notre association, Cinéma Public, se bat depuis 1978 pour l’existence d’un véritable service public de cinéma, non soumis aux seules lois du marché. Aujourd’hui ce service public de cinéma est sérieusement menacé par l’offensive du groupe UGC contre trois salles publiques ou bénéficiant de subventions : le Méliès à Montreuil, la future salle municipale de Noisy-le-Grand et le Comœdia à Lyon.

Il est temps de réaffirmer la nécessité d’un service public de cinéma et de définir ensemble une charte des salles publiques et associatives !

L’intervention publique a sauvé les salles de cinéma en France…

En ces temps de dérive libérale, nous tenons à rappeler que c’est grâce à l’intervention des collectivités locales et au rachat, par de nombreuses municipalités, de salles privées périclitant « faute de rentabilité », que la France a pu conserver un parc important de salles indépendantes sur tout le territoire français. A la fin des années 70, suite à la crise de fréquentation du cinéma, UGC fermait un bon nombre de salles, notamment celle de Montreuil qui a ensuite été rachetée par la municipalité. Même histoire pour le Comœdia à Lyon, réouvert en 2006 par un exploitant indépendant.

Ironie de l’affaire et révélateur de l’ultralibéralisme décomplexé de notre époque, ce sont ces mêmes salles qui, aujourd’hui, sont la cible des attaques commerciales et hégémoniques d’UGC.

Qui concurrence qui ? Qui concurrence quoi ? Le cinéma n’est pas une marchandise…

En ce qui concerne le Méliès et son projet d’agrandissement, le recours d’UGC (rejoint depuis par MK2) devant le tribunal administratif stipule que « l’utilisation des fonds publics pour pratiquer dans ces six salles des tarifs subventionnés […] est constitutive, de la part de la commune, d’un abus de position dominante et d’une violation des règles de la concurrence ».

Apparemment, UGC ne conteste pas le Méliès dans son fonctionnement actuel mais réagit à son seul agrandissement à 6 salles. Mais alors, pourquoi attaquer aussi Noisy-le-grand et son projet de cinéma municipal (trois écrans) ? Pourquoi un recours contre le Comœdia qui a reçu l’aide sélective du CNC pour modernisation ? En vérité il s’agit bien de remettre en question l’existence des salles publiques et du système d’aide français. UGC franchit ainsi une nouvelle étape dans sa volonté de domination et de monopole du secteur (rappelons que la nouvelle carte UGC/MK2 offre aux utilisateurs le libre accès à 354 salles en Ile-de-France et que son prix, et donc la rémunération de l’ayant droit, en est fixé unilatéralement) Qui concurrence qui ?


Certes, le cinéma est une industrie et à ce titre-là, comme le rappelle Alain Sussfeld, le directeur d’UGC : « Jusqu’à preuve du contraire, le secteur du cinéma est concurrentiel, régi par les lois du marché… » On songe à la belle formule du philosophe et économiste Serge Latouche « Quand on a un marteau dans la tête, on voit tous les problèmes en forme de clous et le marteau de l’occident, c’est l’économie » Car ce que semble ignorer M. Sussfeld, qui confond probablement les œuvres cinématographiques avec les grains de maïs soufflés vendus dans ses complexes, c’est que le cinéma est aussi un art. Jusqu’à preuve du contraire, nous avons en France, un principe pour lequel nous nous sommes battus et auquel tiennent les citoyens : cela s’appelle « l’exception culturelle ». Jusqu’à preuve du contraire, la déclaration universelle sur la diversité culturelle de l’UNESCO stipule que « pour être porteurs d’identité, de valeurs et de sens, les biens et services culturels ne doivent pas être considérés comme des marchandises ou des biens de consommation comme les autres » Enfin, en France, jusqu’à preuve du contraire, l’initiative publique peut intervenir dans le secteur public dans un cadre bien défini qui est celui de la carence de l’initiative privée, carence d’ordre quantitatif ou qualitatif.


Le spectateur qui fréquente les salles publiques ou associatives les différencie aisément des multiplexes et peut constater la défaillance de ces derniers en matière :

  • d’action culturelle envers des publics spécifiques, notamment en termes d’éducation à l’image.
  • de projections-débat, de rencontres et de manifestations qui font des cinémas municipaux des lieux de résistance à la pensée unique, créateurs de lien social, dans une relation de proximité avec les habitants.
  • de diffusion d’œuvres du patrimoine, de programmation de films pointus et novateurs, permettant aux spectateurs de découvrir de nouveaux auteurs.



Autant de missions assumées par les salles publiques qui offrent aussi :

  • une politique tarifaire permettant l’accès du plus grand nombre aux œuvres de qualité.
  • une diversité de la programmation, fruit d’un équilibre entre films d’auteur et films plus « grand public ». C’est cette démarche globale, dans une logique de politique culturelle, qui fonde l’identité de nos salles et qui permet un réel service public de cinéma.


Les groupes UGC et MK2 voudraient sans doute se réserver les films art et essai les plus porteurs et cantonner nos salles à la diffusion des films qu’ils refusent de passer, pour en faire des ghettos réservés à une minorité. Or la richesse des cinémas publics, c’est autant la diversité des œuvres que celle des publics. Ce sont des lieux d’échanges, des lieux citoyens et populaires ! Quant à remettre en question la politique tarifaire au motif qu’elle est anticoncurrentielle, c’est tout simplement remettre en question la démocratisation culturelle et dénier aux pouvoirs publics la possibilité d’une politique culturelle favorisant cette démocratisation. Rappelons enfin que l’égal accès à la culture est inscrit dans notre Constitution. Est donc fondée la légitimité de l’intervention des pouvoirs publics dans ces domaines.


Pour une charte des cinémas publics ! Nous devons absolument nous mobiliser contre la conception mercantile du cinéma d’UGC et plus largement contre une vision commerciale de la culture. Nous ne devons pas laisser les marchands de pop-corn définir restrictivement les missions et les orientations des salles publiques. Nous appelons tous ceux qui défendent le service public, spectateurs, professionnels, élus à définir ensemble une charte des salles publiques de cinéma.


  • Précisons ensemble les missions (en matière de programmation, d’action culturelle, de démocratisation, de citoyenneté) d’une salle publique afin d’élaborer un cahier des charges qui servira d’outil pour les élus, les institutionnels et sera un moyen de sensibilisation des spectateurs.
  • Soyons critiques, pointons ensemble problèmes et dysfonctionnements, interrogeons-nous sur le sens d’une action publique cinématographique.
  • Dégageons des propositions pour travailler avec les réalisateurs, distributeurs, producteurs afin de garantir la visibilité des œuvres les plus singulières et permettre une éducation du regard.
  • Associons les spectateurs des salles à cette réflexion et interrogeons-nous sur les publics.
Si la ligne éditoriale d’un cinéma ne doit pas se soumettre à une logique de la demande (qu’on présuppose le plus souvent, avec les a priori que nous portons tous), il faut néanmoins questionner la relation de la salle au public, tenir compte de la réception de l’offre, travailler avec le public et les habitants pour que leur cinéma soit un véritable lieu d’échange et de partage.
  • Enfin, anticipons et réfléchissons aussi à l’avenir de nos salles, à leur équipement, face au développement du numérique.

24 octobre 2007, Montreuil Dépêche Hebdo

Edito de Montreuil Dépêche Hebdo
N°453, 24 octobre 2007



Une certaine idée du cinéma


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Salles privées vs salles publiques

03/10/2007 Intervention de Véronique Cayla
au Congrès de la FNCF – Fédération nationale des cinémas français – à Deauville



En ce qui concerne les salles publiques
, je souhaite faire la distinction entre la question de fond et des cas ponctuels qui ont provoqué des recours contentieux de la part d'un opérateur privé, sur lesquels des décisions de justice sont attendues et sur lesquels je ne m’exprimerai donc pas.

Sur le fond, je tiens à rappeler que les salles publiques ou para-publiques, ont toute leur place et leur légitimité. Elles contribuent, c’est évident, à la richesse et la diversité de l'exploitation française. Cette légitimité repose sur la différence que proposent les salles publiques par rapport à une exploitation purement commerciale. Cette différence c'est le principe de base qui ne doit pas être remis en cause, de telle sorte qu’il ne puisse pas y avoir de concurrence déloyale d'une catégorie par rapport à l'autre. Je pense que nous sommes tous attachés à ce principe de différence et donc de diversité , même si nous sommes conscients que dans la pratique la définition de cette différence peut parfois être délicate et poser problème. Si nécessaire nous y travaillerons ensemble.

Mais au niveau global, en tout cas, il n'y a pas de problème, puisque si près de 20% des exploitants relèvent du droit public, ils captent moins de 2% des recettes de l’ensemble de l’exploitation. Vous trouverez ces données dans un nouveau chapitre de La géographie du cinéma, consacré au statut juridique des établissements cinématographiques. Il nous a semblé important de réaliser cette étude, qui sera approfondie, pour parfaire notre connaissance du parc de salles, notamment dans la perspective du numérique et du dialogue à conduire avec les collectivités locales sur la modernisation de l'équipement cinématographique.

Rapports entre droit de la concurrence et droit du cinéma

03/10/2007 Intervention de Véronique Cayla
au Congrès de la FNCF – Fédération nationale des cinémas français – à Deauville




4 - Enfin, je terminerai en précisant les objectifs de la mission sur les rapports entre droit de la concurrence et droit du cinéma que viennent d'annoncer la ministre de la culture et de la communication et la ministre de l'économie, des finances et de l'emploi.


Vous ne vendez pas n'importe quel produit à une clientèle ; vous permettez à des spectateurs d'accéder à des œuvres. La vente d'un billet de cinéma est autant un acte à portée culturelle et artistique, qu'un acte commercial. C'est pourquoi les règles spécifiques au cinéma peuvent entrer en conflit avec le droit commun de la concurrence.

En particulier, il importe d'assurer une rémunération suffisante de toute la chaîne de production et d'exposition des films pour que notre création puisse se renouveler dans toute sa diversité.

Or, la décision du Conseil de la Concurrence de mai dernier a radicalement limité la portée du "Code de bonne conduite sur les pratiques promotionnelles des salles de cinéma". De même les interrogations qui apparaissent chaque fois que des discussions interprofessionnelles souhaitent s'engager sur le terrain des tarifs, de l'exposition des films ou de la rémunération minimale des ayants droit, montrent que la concertation et la solidarité au sein de la filière cinématographique, hautement souhaitables dans ces matières, peuvent poser problème au droit de la concurrence.

L'objectif essentiel de la mission est donc d'identifier les points de friction entre droit du cinéma et droit de la concurrence, pour pouvoir les résoudre. Bien évidemment, les résoudre au bénéfice du cinéma, car sinon quel serait le sens de la politique constante de la France en faveur de l'exception culturelle?

Je voudrais vous dire que nous voyons bien tous à quel point le marché de la salle évolue en permanence et en profondeur : ses technologies, son économie, son public aussi, les autres modes de diffusion du film sont aussi en phase de mutation. Il est inévitable que ces évolutions, voire ces révolutions créent des inquiétudes, des tensions et même parfois des conflits.

Mais dans ces périodes de grands bouleversements, souvenons-nous de l’essentiel, revenons aux fondamentaux. Ne perdons jamais de vue les valeurs premières sur lesquelles notre système a été construit.

Il s’est notamment construit au fil des années sur la transparence des recettes de films en salle. Notre système s’est aussi construit sur la solidarité, la solidarité globale entre toutes les filières, et la solidarité à l’intérieur de chaque filière. La diversité des salles comme la diversité des œuvres constituent une richesse commune pour nous tous. Chacun y contribue et chacun y trouve en même temps son intérêt. Chacun y a sa place.

La solidarité c’est la condition même de votre diversité et donc de votre liberté.

C’est en restant fidèle à ces principes clarté, solidarité que nous pourrons ensemble faire face à cette révolution numérique qui ne fait que commencer et construire avec confiance l’avenir de notre cinéma. Je vous remercie.

Libération, le 25 septembre 2007

Par Liberation.fr
LIBERATION.FR : mardi 25 septembre 2007


Les réalisateurs soutiennent le projet de Montreuil


Environ 200.000 spectateurs par an pour 3 salles totalisant moins de 500 fauteuils : fort du succès de son cinéma art et essai, la ville de Montreuil-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, a engagé pour 2009 un projet d’extension sur 6 salles contenant 1.100 fauteuils en face du nouveau Centre Dramatique National. Mais UGC Ciné Cité a engagé fin juin 2007 un recours devant le tribunal administratif pour empêcher ce projet qui venait d’obtenir à l’unanimité l’accord de la Commission départementale d’équipement cinématographique.
« Pour mettre en oeuvre une véritable politique de la ville et défendre une culture vivante, à l'opposé des logiques de ghettos sociaux, éducatifs, géographiques ou ethniques, précise le texte de soutien au futur Méliès, il est décisif de développer des lieux à la fois ouverts à tous et exigeants, qui manifestent avec acharnement que l'art est nécessaire pour interroger notre présence au monde et favoriser la cohésion sociale ; des lieux publics où s'éprouve par la vision commune et le débat nourri la communauté des spectateurs, donc des citoyens. Au coeur de ce projet culturel et politique, s'affirme la conviction qu'il est possible et important de défendre un cinéma de proximité de grande qualité dans une zone relativement défavorisée et d'inciter, dans le même geste, la population parisienne à fréquenter cette banlieue dont les médias dominants s'obstinent à ignorer la richesse culturelle.

« Pour ce complexe art et essai, la ville de Montreuil-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis (100.000 habitants) entend fermement conserver les trois labels attribués par le CNC qui distinguent aujourd'hui le travail du Méliès en direction du « Jeune Public », tout comme sa valorisation du cinéma de ‘Recherches’, de ‘découverte’, de ‘Répertoire’ et de ‘Patrimoine’. Mais ce passage de 3 à 6 salles permettra également d'amplifier cet effort en corrigeant les principaux défauts de la programmation actuelle. En s'engageant à ne pas projeter plus de films qu'aujourd'hui, mais à les exposer mieux, c'est-à-dire plus souvent et plus longtemps, le Méliès veut lutter à sa manière contre la rotation accélérée des films qui favorise la fréquentation d'impulsion initiée par le marketing et la communication des grands médias, au détriment du bouche-à-oreille et du cinéma le plus exigeant.

« Pour rester dans une logique qui se veut sélective, fondée sur l'appréciation subjective et néanmoins ouverte de films réellement vus, donc pour ne pas se perdre dans l'illusion de servir sans point de vue chaque semaine " toute l'actualité du cinéma ", deux de ces six salles seront consacrées à la fois au cinéma de répertoire (avec une visée pédagogique revendiquée dans la cité de Georges Méliès et des studios Pathé) et à la prolongation de films de qualité au-delà des deux ou trois semaines rituelles qui les voient parfois être chassés simultanément de tous les écrans des grands circuits parisiens.

« Nous, réalisateurs et distributeurs indépendants, avons aujourd'hui besoin de lieux d'exception qui soutiennent ainsi nos œuvres, non pas les yeux des programmateurs rivés sur le seul box office, mais subjectivement, passionnément. Ainsi ne voyons-nous nulle contradiction, bien au contraire, dans le fait que ce projet soit municipal et qu'il puisse être encouragé par l'Etat. Son statut de salle publique garantit des prix de place raisonnables pour la rendre accessible au plus grand nombre et singulièrement aux classes et écoles envers lesquelles un travail systématique d'accompagnement des films est réalisé.

« En ces temps dépourvus d'audace, où la notion d'oeuvre est réduite à celle de produit de consommation, le cinéma d'auteur et les salles art et essai les plus entreprenantes sont engagés dans un même combat pour la qualité, la diversité et le respect de la liberté commune des créateurs et des spectateurs. N'est-ce pas cette exigence, ce refus du renoncement à la passivité, autrement dit à la seule loi du marché, qu'il est urgent de promouvoir dans le cadre d'une réelle politique culturelle ? »

Ce texte de soutien, qui sera adressé au CNC et au Tribunal Administratif, a déjà été signé par la quasi totalité des distributeurs du champ de l’art et essai en France et par une soixantaine de réalisateurs du monde entier, dont Theo Angelopoulos, Solveig Anspach, Olivier Assayas, Jacques Audiard, Catherine Breillat, Dominique Cabrera, Laurent Cantet, Leos Carax, Jean-Louis Comolli, Catherine Corsini, Jean-Pierre et Luc Dardenne, Claire Denis, Arnaud Desplechin, Olivier Ducastel, Pascale Ferran, Abel Ferrara, Jacques-Rémy Girerd, Philippe Grandrieux, Robert Guédiguian, Hou-Hsiao-hsien, Alejandro Gonzales Inarritu, Benoît Jacquot, Jia Zhang-ke, Abbas Kiarostami, Cédric Klapisch, Nicolas Klotz, Jeanne Labrune, Isild Le Besco, Noémie Lvovsky, David Lynch, Tonie Marshall, Dominique Moll, Murali Nair, François Ozon, Bruno Podalydès, Nicolas Philibert, Carlos Reygadas, Francesco Rosi, Abderrahmane Sissako, Bertrand Tavernier, Tsaï Ming-liang, Agnès Varda, Wim Wenders et Wong Kar-waï…

25 septembre 2007, Libération

Stéphane Goudet,
directeur du Méliès, commente l’action d’UGC :
Par Didier Péron
QUOTIDIEN : mardi 25 septembre 2007



«Aboutir à un cinéma à deux vitesses»

UGC vous reproche de fausser la libre concurrence. Que leur répondez-vous ?
L’attitude d’UGC à Lyon contre le Comœdia et maintenant contre le Méliès de Montreuil est le signe d’une stratégie désormais clairement offensive du groupe qui affirme représenter à travers son réseau de multiplexes tout le champ du cinéma, art et essai compris. Il s’agit, par-delà ces cas spécifiques, de faire pression sur le législateur pour qu’il revoie le statut des salles municipales et paramunicipales en France. Le discours récurrent du PDG d’UGC, Guy Verrechia, et en partie endossé par Marin Karmitz, c’est qu’il n’est pas normal qu’il y ait des salles subventionnées par l’argent public.

Quelle est la spécificité de votre travail, de vos programmations par rapport à un salle de type multiplexe ?
Nous mettons l’accent sur un travail pédagogique, la mise en place de cycles qui aident à mieux percevoir le cinéma dans des champs différents, à la fois esthétique avec des universitaires de cinéma qui viennent présenter des films du patrimoine, mais aussi politique avec les associations types Attac, ou philosophique : le Méliès a un partenariat avec le Collège international de philosophie. Il s’agit d’éditorialiser au maximum la programmation de nos salles et d’accompagner ces choix vers le public; nous remplissons à cet égard un rôle de contrepoids à la stricte logique de la communication audiovisuelle, au matraquage de la pub. Hou Hsiao-hsien a signé la pétition en disant: «La bataille des salles est une bataille décisive.» Et il sait de quoi il parle : ses films ne sont pas vus chez lui à Taiwan.

Le recours d’UGC précise-t-il le rôle qu’il imagine pour une salle subventionnée ?
Tout à fait. Dans son recours, UGC indique en trois points quelles étaient les raisons d’être d’un cinéma tel que le nôtre : on peut être subventionné si on se situe par exemple en pleine Creuse, dans une zone privée de cinéma à 150 km à la ronde et où, sous-entendu, UGC n’a aucun projet en cours ou déjà réalisé. Ensuite, si une action est menée en direction du jeune public, lequel n’intéresse pas UGC car les projections jeunes publics sont réglementées et doivent se faire au tarif de 2 euros. Elles ne sont donc pas rentables. Enfin, le plus croustillant, les salles ont le droit d’être aidées si elles diffusent des films qui ne pourraient pas passer dans des multiplexes ! Je continue de m’interroger sur ce que ça veut dire (rires). Y a t-il des films interdits d’entrée chez UGC et par qui ?


Quel est selon vous l’enjeu de cette stratégie procédurière d’UGC ?
Dans le texte de loi aujourd’hui, il y a deux critères d’intervention des pouvoirs publics dans le champ de l’exploitation. D’abord, l’aménagement du territoire, veiller au maillage sur l’ensemble du pays d’un réseau de salles, et c’est une politique qui a merveilleusement fonctionné : partout en France il y a des salles avec de l’art et essai. Le deuxième critère est culturel. Le cœur du dossier, c’est qu’UGC veut faire pression sur le législateur pour qu’il revienne en arrière sur la capacité des pouvoirs publics à intervenir dans le champ de l’exploitation. Ils ont pour objectif concret d’aboutir à un cinéma à deux vitesses, la sortie nationale dans les multiplexes à 10 euros l’entrée, et dans un second temps, au bout de cinq ou six semaines, les salles indépendantes peuvent récupérer les copies, et peuvent toujours exploiter les films considérés comme trop pointus, donc hors marché.

Vous n’avez pas de difficultés en ce moment pour obtenir les copies de films en exclusivité ?
Non, le succès de la salle nous permet d’avoir ce que l’on veut en sortie nationale. L’apparition de la pétition a cependant compliqué notre accès aux films. On vient d’avoir un petit souci avec un film UGC, qui s’est réglé grâce à l’intervention du médiateur du cinéma. Et j’ai appris qu’un autre distributeur avait reçu un coup de fil pour lui demander s’il était bien raisonnable de continuer à nous donner des copies !

L’ambiance est à ce point à couteaux tirés ?
Je trouve que les médias ne répercutent pas suffisamment le climat de crainte qui règne sur l’ensemble de la profession aujourd’hui. Par exemple, il y a trois semaines se réunissait l’ensemble des syndicats opposés à la mise en place de la carte illimitée UGC-MK2. Les trois quarts des intervenants se sont mystérieusement éclipsés trois quarts d’heure avant la conférence de presse. Parce qu’ils avaient peur. C’est un très mauvais signe sur la nécessaire solidarité des différentes professions du cinéma.

25 septembre 2007, Libération

Par Didier Péron
QUOTIDIEN : mardi 25 septembre 2007


UGC, un appétit décomplexé


Le puissant groupe UGC, deuxième exploitant de cinéma en France derrière Europalaces, est en conflit ouvert avec la salle de cinéma municipale le Georges-Méliès de Montreuil (Seine-Saint-Denis). UGC, par la voie d’un recours au tribunal administratif de Cergy-Pontoise déposé en juillet par Alain Sussfeld, directeur général du groupe, entend freiner, voire bloquer, le projet de relocalisation et d’extension de ce cinéma, à la programmation dynamique et ambitieuse.
Populaire. Actuellement fort de ses trois salles et de ses 200.000 spectateurs par an, le Méliès doit se doter de trois salles supplémentaires à l’horizon 2010. En quoi cela regarde-t-il UGC ? Le groupe estime que le cinéma, un fois transformé, dépassera sa vocation actuelle de service public ; le recours d’UGC stipule ainsi que «l’utilisation des fond publics pour pratiquer dans ces six salles des tarifs subventionnés […] est constitutive, de la part de la commune, d’un abus de position dominante et d’une violation des règles de la concurrence».
UGC détient à quelques encablures de Montreuil, à Rosny-sous-Bois, un vaste multiplexe, l’UGC Cité-Ciné Rosny, qui est rien moins que le troisième cinéma de France, avec 2,3 millions de spectateurs par an et une programmation majoritaire de films populaires en version française. Alain Sussfeld, joint par téléphone, précise bien que le groupe UGC ne conteste pas le Méliès dans son fonctionnement ­actuel mais bien son agrandissement à six salles, qui change totalement «l’attraction et la nature du lieu».

Selon Stéphane Goudet, 37 ans, directeur du Méliès, le PDG d’UGC, Guy Verrechia, tient une position offensive tous azimuts qui vise à contester l’existence de salles subventionnées (que ce soit par les collectivités territoriales ou le CNC) accusée de fausser la libre concurrence et de tirer les tarifs vers le bas. Alain Suss­feld rétorque qu’ «il n’y a aucune stratégie derrière [ses] différentes initiatives judiciaires» et voit surtout une offensive des maires de déguiser leurs ambitions électorales sous les oripeaux «d’objectifs socioculturels». «Jusqu’à preuve du contraire, le secteur du cinéma est concurrentiel, régi par les lois du marché», rappelle-t-il.

Concurrence. Trois autres procédures ont été déposées par UGC, à chaque fois sur le motif de subventions que le groupe juge abusives ou contraires aux règles de la libre concurrence. C’est le cas du Comœdia, salle du VIIe arrondissement de Lyon datant des années 20, jadis propriété d’UGC qui l’a fermée en 2003. Marc Bonny a décidé de la rouvrir et a déposé un dossier au CNC pour une aide sélective, qu’il a obtenue : 600 000 euros pour un chantier global de 3 millions d’euros. UGC a décidé illico de déposer un recours contre le CNC en contestant la validité de cette aide. La procédure est en cours mais, en attendant, Marc Bonny gère le Comœdia sans jamais obtenir de films de la filière distribution d’UGC, y compris quand il s’agit d’un film qui correspond à son type de programmation. On lui a par exemple refusé les Témoins d’André Téchiné.

UGC a aussi dépêché ses troupes contre la ville d’Epinal, soupçonnée de soutenir une salle municipale concurrente de leur multiplexe, l’UGC Cité Ciné de Ludres, pourtant situé à plus de 50 kilomètres d’Epinal ! Recours rejeté par le tribunal administratif car, selon un responsable municipal proche du dossier, «UGC s’attaquait à une convention d’aide municipale qui n’a jamais existé». Ça ne semble pas si clair puisque UGC ne lâche pas prise et vient de porter l’affaire devant le Conseil d’Etat. Enfin, Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis) s’est vu autoriser par la commission départementale d’équipement cinématographique d’ouvrir un complexe de trois salles municipales, le Bijou. Or, UGC exploite les dix salles de cette ville et, là aussi, s’estime lésé. Un recours a donc été déposé en juin.

Bras de fer. Le cas du Méliès de Montreuil (et de sa mairie,­dirigée par l’ex-communiste Jean-Pierre Brard) prend valeur d’exemple dans ce bras de fer entre la logique commerciale des multiplexes et la politique culturelle des municipalités. Que le directeur de salle se décarcasse pour offrir aux spectateurs autre chose que l’usinage en masse, qu’une mairie l’aide à hauteur de 200 000 euros afin de le dégager du souci de résultats financiers pressants, on voit mal comment considérer qu’il y a là matière à se scandaliser et à parler de «position dominante». C’est comme si TF1 contestait à Arte le droit de passer des films en début de soirée sous prétexte que la chaîne est subventionnée.
Ce qui est en cause, c’est la part d’attractivité populaire des structures culturelles publiques. Si celles-ci restent cantonnées à une activité marginale vers un segment sociologique restreint, tout va bien. Ce que le recours semble vouloir sanctionner, c’est le succès. Au fil des années, aussi bien comme critique à la revue Positif qu’en qualité de directeur du cinéma, Stéphane Goudet (lire ci-dessous) s’est constitué un riche carnet d’adresses. Il peut aujourd’hui jeter un pavé dans la mare avec une pétition (1) signée par les plus prestigieux cinéastes internationaux (David Lynch, Wong Kar-wai, Arnaud Desplechin, Alejandro González Iñárritu, François Ozon…).

Que le gotha artistique mondial vole à la rescousse d’une salle située en proche banlieue parisienne est assez plaisant. Si UGC gagne, on peut considérer qu’un coup symbolique conséquent serait porté contre environ 30 % du parc des salles françaises cofinancées par des subventions municipales.

Jeudi 29 novembre 2007, deux procédures sont engagées par UGC contre le Comœdia à Lyon


Jeudi 29 novembre 2007
(mis à jour le 13/12/07)

Comœdia de Lyon
Consulter le blog, signer la pétition



La presse nationale s’en était fait l’écho depuis quelque temps déjà, et les medias locaux prennent maintenant toute leur part pour relayer l’information :

Deux procédures ont été engagées par UGC contre le Comoedia devant les tribunaux lyonnais :

  • la première devant le tribunal administratif pour contester l’aide sélective attribuée au Comoedia par le Centre National du Cinéma pour les travaux de rénovation. Il faut savoir que plus de 2.000 salles de cinéma en France ont déjà bénéficié d’une aide de ce type.
C’est seulement la deuxième fois en 20 ans qu’une contestation par rapport à cette aide est engagée devant les tribunaux !
Pas encore de calendrier.

  • la deuxième devant le tribunal de grande instance pour essayer d’interdire l’utilisation du nom Comoedia… sachant que le cinéma de l’avenue Berthelot porte ce nom depuis 1924.
Cette procédure pour contrefaçon est assortie d’une demande de dommages et intérêts d’un million d’euros ! Avec une action au fond courant 2008.

A notre connaissance, il n’y a aucun précédent en France avec un grand groupe s’attaquant de façon aussi violente et devant les tribunaux à un exploitant indépendant.

UGC - qui a fermé le Comoedia fin 2003 alors que rien ni personne ne lui demandait de le faire - semble bien décidé à gêner la nouvelle équipe qui a entrepris de le faire revivre.

Cette affaire est aussi à mettre en relation avec l’arrivée prochaine de trois nouveaux multiplexes dans l’agglomération, dont deux Pathé à Vaise (2008) et au Carré de Soie (2009) et dont un nouveau UGC Ciné Cité à la Confluence (2010).
UGC veut manifestement essayer empêcher le Comoedia d’installer son fonctionnement et de développer normalement son public d’ici cette ouverture.

Ces implantations, décidées et voulues par le Grand Lyon, ne sont accompagnées à ce jour d’aucune réflexion sérieuse visant à permettre la cohabitation la plus harmonieuse possible de ces très gros équipements cinématographiques avec les salles d’art et essai et de proximité de Lyon et du Grand Lyon.
Il serait pourtant bienvenu de se poser des questions de politique culturelle et d’aménagement du territoire si l’on ne veut pas aboutir à des déserts cinématographiques irrémédiables et à une uniformisation encore plus poussée.

L’enjeu étant tout de même de permettre à la diversité des films de rencontrer la diversité des publics !
Nous en appelons au soutien des spectateurs et des lyonnais attachés à l’indépendance et à la diversité culturelle et leur proposons :

  • de faire part de leurs réactions sur le blog que nous avons mis en place
  • de signer le texte de soutien disponible à la caisse du cinéma ou en ligne
  • et de faire circuler ces informations de la façon la plus large possible.

Merci d’avance pour votre soutien
Marc Bonny et l’équipe du Comoedia